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« A ce stade de la nuit »

DE KERANGAL Maylis

(Verticales)

 

« Une cuisine, la nuit ». La nuit durant laquelle une voix anonyme, une « voix correctement timbrée… bégaye la tragédie sinistre qui a eu lieu ce matin ». Lampedusa. Le naufrage du rafiot sur lequel s’étaient entassés des centaines de celles et ceux que les faiseurs d’opinion continuent à appeler des « migrants ».  350 morts le 3 octobre 2013.

Lampedusa. « Le Guépard ». Visconti, peintre d’un monde en décomposition. La narratrice qui marche dans la nuit parisienne. « A l’instant où j’allais passer le fleuve et couper par le parvis de Notre-Dame, j’ai réalisé que Visconti avait filmé le bal du Guépard exactement comme un naufrage. »

La tragédie ne s’achève pas. Ses développements contemporains indiffèrent les Puissants. Lampedusa. Une île qui est comme une fin de notre monde. « Je suis maintenant rivée à l’île de Lampedusa comme on s’obsède d’une poussière sur une feuille vierge. J’ai le sentiment qu’elle existe comme un lieu dans un non-lieu, émergée caillou inaltérable contre l’espace liquide, terre précisée contre la mer floue où s’abolit le temps et la topographie… »

L’angoissante question : que faire ? Que faire, seule entre les murs d’un espace familier ? « Soudain une voix comme une boule de feu affole la cuisine, elle est archaïque et déplacée, vergogna, vergogna ! Elle demande au monde entier de venir voir, de venir voir ce qui se passe ici, à Lampedusa… »