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« La langue maternelle »

ALEXAKIS Vassilis

(Fayard)

 

Le Lecteur a éprouvé le besoin de s’en revenir vers ce roman qu’il avait découvert voilà une vingtaine d’années. Puisqu’il y est question de la Grèce, et que ce pays-là se trouve au milieu de la tourmente depuis plusieurs mois.

Pavlos vivait en exil à Paris. Comme tant d’autres grecs qui avaient fui la dictature des colonels. Il s’en revient à Athènes. Sous le prétexte de résoudre une énigme : quel est le sens de la lettre « epsilon » autrefois suspendue au-dessus de l’entrée du temple d’Apollon à Delphes ? Mais il retrouve également un pays en plein bouleversement. Et c’est cette partie-là du roman que le Lecteur ressentait le besoin de retrouver. Il s’avère que dès le mitan des années 90 de l’autre siècle, des problématiques actuelles se posaient déjà. Ce qui tendrait à démontrer que la crise si violente d’aujourd’hui trouve ses origines dans des temps qui ne sont pas immémoriaux mais que la propagande franco/teutonne aimerait nous faire oublier.

« … Sa voix devenait rauque. J’ai remarqué qu’il tenait un tissu plié à la main.

-      Elles pleurent quand des étrangers humilient notre pays… Quand ils piétinent nos emblèmes, nous dépouillent de notre histoire… Quand ils revendiquent notre espace, notre mer, nos îles... Ca déplaît à ces messieurs de l’Europe que nous soyons orthodoxes ! Eh bien, tant pis ! Les Allemands, les Français prétendent que nous leur coûtons trop cher ! Ils oublient ce qu’ils doivent à la Grèce, qu’ils ont usurpé notre culture ! Leurs musées sont remplis des œuvres qu’ils nous ont volées !

Anghélos et Stella se tenaient à mes côtés. Elle avait retiré sa perruque, ses cheveux étaient longs et fins.

-      C’est la première fois qu’il fait ce discours ? ai-je demandé.

-      Non, bien sûr, a dit Anghélos.

-      Ces aigrefins, a poursuivi l’acteur, entendent nous donner des cours d’économie politique ! L’expansionnisme de la Serbie les préoccupe, mais pas celui de la Turquie ! Ils ne se soucient guère de Chypre, nos bons amis ! Ni des Kurdes, d’ailleurs !

Le ton de sa voix s’élevait continuellement. Il hurlait presque. Stella m’a touché le bras avec la paume de sa main. Je l’ai regardée. Je ne voyais que ses yeux et un peu de ses cheveux qui brillaient. Je lui ai pris la main.

-      La Grèce est seule ! Abandonnée par tous ! Nos hommes politiques ne pensent qu’à l’argent, et à rien d’autre ! Nous les connaissons maintenant, nous les avons vus à l’œuvre ! Mais le moment viendra où la Grèce réagira ! Ils ne savent pas, ces messieurs, grecs et étrangers, de quoi ce pays est capable ! Vive la Grèce, mes enfants ! Vive notre patrie !.... »