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« Goat Mountain »

VANN David

(Gallmeister)

 

Roman biblique. Telle en est du moins la perception du Lecteur, perception toutefois amplifiée par les nombreuses allusions qui jalonnent le roman. (« La peste et les plaies. Le déluge. Le langage redevenu babillement. L’humanité éradiquée, encore et encore. La Bible traite de notre combat contre dieu. Et pour une raison étrange, nous sommes plus puissants simplement grâce à notre volonté, parce que nous sommes persévérants. Nous refusons d’être éradiqués.  »). Mais une histoire américaine. L’aïeul, son fils et son petit-fils, accompagnés d’un ami de la famille, partent chasser le cerf à Goat Mountain. Selon des rituels bien établis, dans des espaces qui leur sont familiers. Parmi des montagnes aux vallées encaissées où ne subsiste plus aucune présence humaine. Peu après leur arrivée, le père du narrateur (le petit-fils) repère un braconnier dans le viseur de son fusil et l’invite à observer l’intrus. Le gamin (qui n’a que onze ans) s’empare de l’arme. Mû par l’instinct ( ?) celui-ci appuie sur la gâchette. S’en suit un récit d’une âpreté morbide avec donc tout plein d’allusions bibliques. Le cadavre. L’affrontement entre les trois adultes pour déterminer ce qu’il convient d’en faire. Les tensions exacerbées. Mais la commune volonté de ne pas abandonner l’objectif premier : la chasse au cerf. Le tout relaté par celui qui fut le meurtrier et qui se souvient de longues années plus tard (« Parfois, je m’enthousiasme et je pense que j’ai fait quelque chose de bien en tuant ce braconnier. »)

Ce fut un long et douloureux chemin de croix que le Lecteur emprunta sur les traces de ce quatuor. Jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à la nausée. Jusqu’à l’asphyxie. Sans jamais pouvoir s’arrêter ni reprendre son souffle. Afin et tout de même d’atteindre au terme, de comprendre comment et pourquoi la violence peut atteindre à un tel paroxysme au sein de ce qui présente toutes les apparences d’une cellule familiale. Des mâles qui se transmettent les plus viriles des traditions. Dans le contexte américain, bien entendu. Car en dépit de ses nombreuses références bibliques, ce roman ne lui paraît pas atteindre à l’universel mais se contient dans les périmètres de la civilisation américaine.