9782752909985

 

 

 

 

 

 

 

 

« Les fleurs d’hiver »

VILLENEUVE Angélique

(Phébus)

 

Les dernières semaines de l’effroyable boucherie. Octobre 1918. Jeanne, l’épouse, et Léonie, la petite fille apprennent à découvrir un étranger, Toussaint, qui est pourtant leur mari et père. Mais Toussaint est un survivant, parmi ceux que l’on désignait, il y a très longtemps, au très jeune Lecteur, en usant de l’expression ô combien tristement évocatrice de « gueules cassées ». Toussaint reste enclos dans le silence, dans le non-partage, sous le regard atterré de la petite fille et face à l’incrédulité de celle qui continue non seulement à l’aimer mais aussi qu’en des dépits des souffrances, une autre vie commune, demain, redeviendra possible. Ce roman ne surprend pas. Mais en raison de la pudeur dont se nimbe le récit, du refus de l’ostentatoire, il parvient plus qu’à émouvoir. Il outrepasse les limites que s’assignent d’ordinaire les textes censés rappeler les horreurs de la dite boucherie pour s’engager sur des pistes plus tortueuses, celles du retour à la vie et de la reconquête. Un court mais très estimable roman.

« Pour commencer, il ne se tient pas debout, les pieds écartés, l’air sérieux, vaguement fanfaron, mais presque toujours déchaussé, assis, couché, l’œil impénétrable. Le bandeau clair qu’il ne quitte jamais, retenu à l’arrière par quatre bandelettes de tissu nouées, dissimule un tiers de son visage et coupe sa     bouche en deux. Il ne porte plus cet habit de soldat dont la capote vide, pendue dans le débarras, n’a pour l’enfant pas la moindre parenté avec l’uniforme à la fois sévère et minuscule qui lui est familier.

Léo secoue la tête, gravement. Elle ferme les yeux, non pour imiter Toussaint, mais pour retrouver cette sorte de père qu’il était pour elle, avant.

Un jour, elle avance le doigt jusqu’à effleurer la toile blanche, mais Jeanne interrompt son geste juste avant qu’à leur grand effroi le dormeur n’ouvre les yeux, grogne, et se redresse sur un coude. »