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« Réparer les vivants »

DE KERANGAL Maylis

(Verticales)

 

Abordé avec du recul, ce roman ne laissa pas le Lecteur indifférent, lui qui d’ordinaire se prémunit toujours contre les critiques dithyrambiques (le monde de l’édition maîtrise désormais l’art de vendre n’importe quel produit fabriqué selon des normes conformes aux exigences si bassement matérialistes de ce genre de négoce). Voilà donc un bouquin qui présente tous les ingrédients de ce qui aurait pu aboutir sur un larmoyant mélo. Le décès accidentel d’un ado féru de surf. La course contre la montre engagée par des praticiens pour récupérer sur le cadavre les organes susceptibles d’être greffés sur des mécaniques humaines défaillantes. La nécessité de convaincre les parents du malheureux jeune homme afin qu’ils acceptassent d’effectuer le don. Le consentement obtenu, tout le travail chirurgical de récupération et la mise en branle du transfert des organes vers les centres hospitaliers où seront réparés quelques vivants. Le cœur, qui se substituera à celui qui bat de guingois dans la poitrine d’une quinquagénaire. Le travail exceptionnel accompli par les équipes médicales. L’abattement, l’infinie tristesse des parents du jeune homme.

Oui, tous les ingrédients d’un mélo. Mais l’écueil fut évité. Tout au moins aux yeux du Lecteur. C’est qu’il se dégage de ce roman-là une humanité d’une densité et d’une richesse qui confèrent à chacun des personnages une dimension qui frôle et atteint parfois au tragique. Quelques lignes, un ou deux paragraphes suffisent parfois à les illuminer de l’intérieur. Sans excès. Sans le moindre manichéisme. Un « miraculeux » roman ? Le considérer ainsi reviendrait à faire injure à son auteure.

Maylis de Kerangal - Réparer les vivants