lapins

« Les lapins ne meurent pas »

BASTOVOI Savatie

(Jacqueline Chambon)

 

Une bien jolie fable moldave qui a renvoyé le Lecteur à la périphérie de ce qui fut le paradis soviétique. Sans aucun des gros sabots traditionnels dont usent ceux qui, bien après coup, jurèrent que, eux, « non jamais cela ». Non. 1980. L’empire vacille mais tient encore debout. Dans une bourgade (moldave), Sasha, un gamin de neuf ans, s’imprègne des légendes révolutionnaires et tout particulièrement celle du camarade Lénine, sorte de demi-dieu capable d’accomplir une multitude de miracles. Sasha suit également l’enseignement de l’école soviétique incarnée par une maîtresse femme qui dispose du pouvoir de faire de lui un pionnier. Sasha est amoureux. Sasha parcourt la campagne moldave, entre pairies et étangs, champs de blé et forêt. Une vie somme toute guère différente de celle que connaissaient tant de gamins français dans les années cinquante. Sauf qu’il y a ce satané système et que donc malheur à celui qui s’écarte des règles qu’il édicte.

Le Lecteur insiste : ce roman se situe à l’antipode de la caricature. Tout tourne autour d’une relative normalité. Dans l’accomplissement des saisons et au rythme de la vie scolaire. Le système est supporté et chacun y occupe l’espace qui lui est attribué. Les notables trichent et rapinent à l’échelle d’une communauté villageoise au sein de laquelle on vit chichement. Le système survit et ceux qui ont les principaux bénéficiaires s’évitent de s’interroger sur leur avenir. Sasha, lui, s’invente son paradis terrestre. « Le vent passa dans ses cheveux et porta les pointes de son foulard sur son épaule. A l’intérieur, la poussière s’élevait et cela commençait à sentir l’essence. Mais dehors l’air était pur et il y avait du vent et cela sentait bon. »