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« Tout, tout de suite »

SPORTES Morgan

(Fayard)

 

Morgan Sportès a écrit l’acte d’accusation d’une société qui fabrique des barbares. La nôtre. Un matériau encore présent dans toutes les mémoire : l’affaire du « gang des barbares ». L’enlèvement d’un jeune homme d’origine juive par une bande de « laissés pour compte » commandée par un fier à bras d’origine ivoirienne. Sa longue séquestration puis sa mise à mort, les négociations entre la famille de l’otage et les ravisseurs n’ayant pu aboutir (la famille de l’otage étant alors placée sous le contrôle de la police). Le récit de ces tragiques évènements est conduit de main de maître par Morgan Sportès. L’écrivain décrit une société incapable d’offrir la moindre alternative à une jeunesse en totale déshérence, à peine capable de refléter les discours idéologiques dominants (pour ce qui concerne cette affaire, l’antisionisme récurrent dans certains milieux se réclamant de l’Islam). Son acte d’accusation est pertinent, un acte qui englobe les dirigeants de cette société et tous ses corps auxiliaires (police, justice, médias). Le livre est donc recommandable.

Reste, aux yeux du Lecteur, une question : la proximité des faits est-elle compatible avec l’exercice littéraire ? S’agit-il bien d’un roman ? Morgane Sportès n’a-t-il pas plutôt délivré une longue et plutôt brillante enquête journalistique dans laquelle il se serait impliqué totalement ? L’interrogation n’est pas anodine.