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"Qu'as-tu fait de tes frères?"
Claude ARNAUD
(Grasset)

"La nostalgie ne constitue jamais une bonne politique, mais elle traduit à l'occasion une intuition fondée: on ne reverra pas de sitôt une époque si excessive. Nos vieux pays n'en ont plus les moyens, ni même l'envie. Chacun a trop réellement peur de la misère pour s'offrir le luxe de tout renverser." La nostalgie ne débouche jamais sur une bonne littérature. Claude Arnaud s'est évité ce piège-là. Bien que son roman autobiographique s'immerge dans des périodes de turbulences, et en tout premier lieu les années 70 et 80. Bien que Claude Arnaud ait fréquenté beaucoup de ceux qui furent des acteurs importants (essentiels?) de ces années de turbulence(s). Mais rien d'ostentatoire dans le propos. Au contraire, une grande pudeur, la pudeur qui sied aux modestes. Dans le tumulte d'alors, il y a une famille. Une famille qui, en dépit de son assise sociale, ne protège ni ne prémunit contre aucune dérive. Trois frères, et un petit dernier. Ce qu'il aurait pu ou dû advenir. Ce qui n'advint pas. Le Lecteur entend par là la réussité telle qu'elle se concevait alors. Trois frères et leurs errances respectives. Les drames accompagnés de leurs souffrances. La mort. Un roman que le Lecteur aborda en catimini, mais dans lequel il finit par s'immerger puis par s'identifier. Le roman d'un temps qui n'est plus, d'un temps dont les traces s'estompent. Claude Arnaud ne dénigre ni ne caricature. Il est le Narrateur. Et sa Narration mérite plus que du respect ou de l'attention.